INDEPENDENCE DAY Hind

ESSEBAGHINE A LA GALERIE ZEHIRA

Les badigeonneurs redoublent de créativité

« Houmiste, Istighrabisme, ça ne reste qu’un point de vue » est l’intitulé de leur première expo de l’année 2002 dont le vernissage a eu lieu ce jeudi…

A la galerie Zehira, sise au 38, lot de la Petite Province, Hydra, il y avait foule jeudi dernier. Il faut dire qu’Essebaghine, presque un « phénomène de foire » au sens positif du terme ont toujours suscité « l’étonnement ».

C’est le cas de le dire ici. « L’œuvre d’art n’est jamais figée. Elle est en perpétuelle construction », dit-on. Si bien qu’avec l’art moderne, on trouve toujours du sens là où on ne l’attend pas forcément. C’est dans cette optique que s’inscrit la ligne artistique du groupe des huit.

A chaque époque sa révolution picturale! Et les Essebaghine ont prouvé par là leur « génie » en nous surprenant à chaque fois. Ce qui, au demeurant, n’est pas si nouveau en matière d’expression plastique dans le monde, c’en est une « première », hélas, chez nous. C’est pourquoi ils méritent d’être encouragés et soutenus. Pour entamer en beauté cette nouvelle année, les « badigeonneurs » se sont distingués lors de cette expo par une démarche assez originale qui consiste à illustrer par le biais d’un double support (toile et installation), deux thèmes combinés.

Le premier a trait à la vision qu’à chaque artiste de la houma ou comment il veut qu’elle soit, le second se rapporte à l’image que chaque artiste se fait de l’Occident. Le terme est d’ailleurs suggéré dans « Istighrabisme » qui peut se dire autrement, soit « occidentalisme ». C’est en somme et par extenso, le regard que l’Algérien porte sur l’Occident et d’autant plus le « houmiste » qui, lui, rêve tout le temps d’y aller pour réaliser ses désirs les plus fantasques et ses projets les plus terre à terre aux plus ambitieux. Des stéréotypes et des clichés sont évoqués. « Ça ne reste qu’un point de vue ». Nous sommes d’emblée avertis!

Quel regard sur l’Occident?

Dans son tableau intitulé ironiquement Star war, Zoubir Hellal a choisi de « parler » de l’Occident en faisant référence à cette image vue à la télé, qui a ébranlé le monde entier, celle du drame qui a touché le 11 septembre dernier les Etats-Unis. A ce titre, la statue de la liberté qui brandit fièrement la torche, a été tronquée de son bras. Les yeux sont fermés en signe de deuil ou de honte? Quelques indices flottent pour étayer ce sujet, une chaussure et un avion. Tout ce qui est « étranger à nous » fait peur parce que étrange et donc incompris. C’est un peu pour cette raison que Zoubir a choisi ce fait. C’est pour dire « l’éternel conflit qui ne s’arrête pas entre l’Orient et l’Occident ». Les jeux de dames est une installation qu’il a voulu très forte en sémiologie.

A la base, une photo montrant une bande de jeunes gens en train de discuter de tout et de rien tout en jouant aux dominos. Actualisée et mise en situation, elle est représentée par une petite table sur laquelle sont disposés des cigarettes, du café et des dominos, bien sûr. Trois chaises gravitent autour. Juste en arrière-plan, un paravent divisé en trois parties sur lesquelles sont apposés les rêves et les sujets de conversation que nos amis houmistes ont dû aborder, notamment le foot, « El madamat »… Sur ces morceaux de bois devenus objets d’art sont peints une silhouette de femme, un gardien de but.

Le paravent, dans ce cas, recouvre une fonction narrative et l’installation parle d’elle-même. De l’univers de « l’autre », Myriam Aït El Hara a retenu l’image de l’émigré qui vend des dessous féminins, à Marseille notamment. Une ville qui n’est pas sans rappeler la nôtre Alger et ses quartiers populaires très animés où grouillent les petits commerces. Sur cette toile qui porte le même nom que l’exposition, nous pouvons remarquer des barreaux qui ne sont pas tout à fait scellés. C’est l’illusion de la fenêtre à travers laquelle on peut apercevoir à l’extérieur ce marchand de dessous. Pour représenter cette scène de la vie de tous les jours, Myriam a fait appel à des couleurs chatoyantes qui donnent vie au tableau et l’emplissent de cette lumière spécifique de la Méditerranée. Une couche d’endui, sur les « murs » de ce quartier finit par lui prodiguer toute sa rugosité…

Dans le même ordre d’idées, les dessous « chic » sont sublimés, magnifiés par de la peinture dorée. Ils sont accrochés sur des morceaux de bois. Une barrière sur laquelle sont pendus des sachets en nylon noir, est placée à côté pour faire barrage à la route (symboliquement bien sûr).

Dans Houma (entendre par là, quartier ou « eux »), Djaoudet Gassouma a choisi, de son côté, un « pan de rue » pour dire le vécu du houmiste tout en lui insufflant ses phantasmes. L’installation met en scène un « univers un peu fantaisiste, mais aussi réaliste car il est extirpé du quotidien ». Les êtres caricaturisés qui se meuvent dans cette toile sont joyeux et enjoués, agités, tout en mouvement, respirant la joie de vivre.

C’est l’idéal pour Djaoudet: un quartier où femmes et hommes peuvent discuter et rigoler en toute liberté et sans aucun préjugé. Le trou qui meuble le centre du tableau symbolise les problèmes dans lesquels sont engouffrés les Algériens, « le vide, l’incommunicabilité ». C’est cette échappatoire qu’ils ont peut-être creusée pour sortir au soleil. Un bout de liberté qui est malheureusement stoppée comme une épée de Damoclès, ce fil suspendu au-dessus de nos têtes au bout duquel est accroché le signal d’autoroute « stop ».

Femme vénérée

La caricature est un moyen auquel Djaoudet a fait appel, en outre, pour souligner le grotesque de ses personnages. « La caricature grossit le trait et le cliché » d’où les formes « généreuses » de cette femme sans tête dans « Rouge-Moulin ». Autre artiste qui « vénère » la femme à sa manière: Noureddine Ferroukhi. Ce dernier attache un grand intérêt à tout ce qui relève de son milieu naturel. Il y a là un certain fétichisme que développe son installation inspirée de « Leylat el hana ». El-Hena est une « tradition qu’on a tendance à perdre ».

M.Ferroukhi avoue son attachement pour tout ce qui relève de la pratique traditionnelle de notre culture. Ce qui le préoccupe est de pouvoir mettre en avant la femme, dit-il dans « toute sa sensualité et son érotisme à travers tous les attributs qui vont avec » comme la chaussure dorée sur le t’baq, ce voile empreint de mains enduites de henné, ces bougies, ces morceaux de savon incrustés de fleurs… Dans un style figuratif, Ferroukhi a peint Lala dans son intérieur. Une femme « classe » assise sur un fauteuil, tenant dans une main un bouquet de roses. Des fleurs qui reviennent souvent dans les oeuvres de l’artiste.

Adlane Djeffal a, quant à lui, choisi l’oeuvre de Gustave Klimt, Le baiser pour exprimer pleinement sa vision de l’Occident. Un tableau qu’il a exploité en y ajoutant un tas de signes typographiques, notamment la rue Saint-Paul, un nom inscrit à la verticale. Dans le Rêve d’Abdelkader, Djeffal a peint tous les rêves ou fantasmes de nos jeunes dont une partie aspire à quitter le pays pour aller vivre sous d’autres cieux plus cléments, notamment à Paris. Une ville suggérée par ce référent: la Tour Eiffel. D’autres aspirent à se marier, à rencontrer l’âme soeur. « J’ai essayé de plonger dans la tête de mon voisin et voir à quoi il rêve », avoue l’artiste. Sur le sol sont posés une tasse de café et un tabouret coloré sur lequel on peut clairement distinguer les différents mois de l’année. Preuve s’il en est que notre chômeur voit couler sous ses yeux le temps qui passe inexorablement. Techniquement, Djeffal a utilisé le procédé du collage de feuilles de revues… sur lesquelles il a peint ces morceaux de rêve.

Sergoua, pour sa part, a opté pour le style semi-abstrait pour décliner sa vision de l’extérieur. Un travail basé essentiellement sur les signes. Pour Sergoua, ce qui attire en premier lieu nos jeunes vers « l’Occident », c’est cette notion de liberté y compris sexuelle. Un tabou bien ancré chez nous et que, une fois les frontières franchies, on tend à le briser. Aussi, plusieurs noms appartenant à son lexique sont évoqués, notamment Sexshop, Pigalle, mais aussi le Louvre, le Trocadéro, tout ce qui vient à l’esprit quand on pense à Paris, un endroit très convoité par les Algériens. Et le désir de s’évader et s’ouvrir sur d’autres cultures est justement illustré par le mot « visa » qui entoure le tableau. Les couleurs très variées (bleu, jaune, vert) renvoient à l’ambiance de Paris by night, à toutes ces enseignes allumées le soir. Le marron, quant à lui, couleur de terre, symbolise ici notre identité culturelle dûment enraciné chez nous malgré tout.

Toujours fidèle à sa technique mixte, Amar Bouras ne déroge pas à la règle et à la vocation plastique, celle de marier allègrement photo et peinture. La sensualité féminine y est également suggérée dans le tableau Fiancée. En effet, un bout de sein est aisément discernable à l’extrême du carré rouge qui occupe le centre du tableau sans oublier ces mains gracieuses. L’autre mode d’installation très prisé par Bouras est la vidéo. « Hommage à un hittiste » est accompagné d’une notice collée sur le mur qui dit: « S’adosser au mur, mettre le pied sur le mur, regarder bien en face la vidéo et le tour est joué ». Cette note d’humour tranche avec cet espace dépouillé, vide et hostile de l’arrière-salle.

Slimani Kheira, était absente lors de ce vernissage. Elle a perdu malheureusement deux de ses proches lors des dernières intempéries qui ont secoué la capitale. Son châssis était tout de même là, accompagné d’un mot de solidarité signé Essebaghine. « Pour nous, elle est présente », fait remarquer Sergoua. D’aucuns ont cru comprendre que les robi posés font partie de l’expo. Eh bien non! C’est pour conjurer « justement le mauvais oeil! », nous dit avec amusement Z.Hellal. Essebaghine ont fêté récemment leur anniversaire…

Un an d’existence. Le titre de cette expo « … ça ne reste qu’un point de vue » fait écho à leur première expo à Timimoune. « … Ce n’est qu’un point de vue ». Est-ce l’heure du bilan ou un clin d’œil à leurs débuts? Sexualité, liberté de pensée et de mouvement, enfin, l’évasion pour une vie meilleure, c’est ce à quoi tendent nos jeunes houmistes. Et ceci est vraisemblablement le point de vue d’Essebaghine. Pas si faux!

O. HIND

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INDEPENDENCE DAY Lagoune

L’aventure de la création

Si nos attitudes devant les oeuvres d’art sont toujours subjectives et nos discours subjectifs et porteurs d’un certain savoir , ils sont aussi tentative d’extirper des oeuvres leur vérité . Cela n’est pas facile lorsqu’il s’agit de l’art contemporain algérien qui offre l’image d’une production artistique éparse , pluridimensionnelle mais très certainement irréductible à une seule et unique définition . La création plastique actuelle que nous offre le groupe des  » Essebaghine  » , héritière de la période d’ouverture et du développement de l’art des années 70/80
Continue le mouvement d’invention , de renouveau de l’art algérien tout en y ajoutant une variété d’approches plus riches . Tout comme la montée des revendications nationales a été pour des peintres comme Khadda , Issiakhem ou Benanteur , le catalyseur qui a permis et provoqué le passage d’un art lyrique , orientaliste , à un discours pictural moderne , intellectuel , la période actuelle a quelque part poussé à l’émergence d’un discours plastique plus radical , plus autonome. Notre réalité offrant une matière plus abondante , sa surcharge en signes visuels ,associés à l’esthétisation médiatique des évènements crée la difficulté pour les artistes d’en tirer les conclusions et les pousse à radicaliser leur démarche .
Ils ont à peu près le même âge et ils sont à des titres divers en train de s’imposer sur la scène artistique algérienne , depuis assez longtemps pour certains ( comme Zoubir Hellal ou Karim Sergoua ) , plus récemment pour Kheira Slimani , Myriam Ait-el-Hara , plus discrètement (mais sûrement ) pour Ammar Bouras , Nour-eddine Ferroukhi , Djaoudet Gassouma ou Adlane Djeffal ; ils semblent avoir décidé de prendre en charge leur propre destin par l’organisation en groupe , comme une manière d’être solidaires pour ne pas être à la merci d’une société qui ne comprend pas toujours ce qu’il font car même s’il est difficile de parler de propositions plastiques communes , on peut mettre en avant un positionnement , un accord tacite autour de la recherche d’une cohésion théorique , par l’élaboration d’une méthode et de procédés propres à chacun , la volonté d’incarner des idées dans des structures plastiques .Au milieu de tendances et d’oeuvres d’art plutôt destinées au divertissement , acceptant plus facilement ce qui est utile et séduisant , on peut les qualifier de subversives .
C’est ainsi, que, dans leur manifeste , ils expriment la volonté d’imposer un dessein commun : soumettre leurs oeuvres à un langage formel , à une sorte de programme préétabli qui caractérisera les démarches de l’ensemble des artistes ; aussi, les oeuvres, nouvelles à chaque exposition, proposées au regard sont le résultat d’une conceptualisation spécifique à chacun : peinture , structure , objet , peinture-photo ou peinture-vidéo , autant de  » manières de faire  » qui permettent de mettre au point des travaux inédits ; grands aplats de couleur associés à la stylisation de symboles universels chez Kheira Slimani , matières brutes et naturelles empruntées au quotidien chez Myriam Ait-el-hara , graphisme coloré et ludique chez Djaoudet Gassouma , ironie des signes chez Zoubir Hellal , poésie des symboles chez Karim Sergoua , préciosité dans la mise-en-scène des objets chez Noureddine Ferroukhi , couleurs douces et diffuses chez Djeffal Adlane , synthèse des arts visuels chez Ammar Bouras .
Partenaires plus ou moins conscients du syndrome artistique , il y a comme une dépendance dialectique qui se crée entre eux ; c’est de cela que parlait Karl Einstein quand il affirmait  » l’histoire de l’art est la lutte de toutes les expériences optiques , des espaces inventés et des figurations  » : l’art est le terrain d’un conflit pour tous les membres du groupe , qui , issus de l’Ecole Supérieure des Beaux-arts, mettent en pratique un savoir acquis et le remettent en question en même temps ; confrontées les unes aux autres , leurs oeuvres brisent les préjugés et fascinent par leur sensibilité , leur liberté et leur ambiguïté .
De ce point de vue , l’on comprend qu’ils se déclarent d’avant-garde , et si cela peut paraître quelque peu prétentieux , il n’en demeure pas moins que nous avons besoin des avant-gardes ; elles sont par leur actualité, leur nécessité, cette secousse tellurique qui nous pousse vers l’avant et nous ébranle chaque fois que nous nous installons dans nos certitudes.
A côté d’une  » image-journaliste  » d’un pays livré aux démons de l’obscur, ou de représentations-clichés , ils construisent leur art autour du refus conscient, délibéré et revendiqué, d’être de purs objets de contemplation, proposant des oeuvres qui questionnent et inquiètent.
Car la facture même des oeuvres qui laisse deviner une parfaite assimilation des techniques modernes, indique que l’art contemporain algérien a dépassé le stade de l’imitation et constitue une proposition plastique cohérente. Mais ce qui fait réellement son originalité, c’est son fort quotient d’inquiétude, tributaire d’une culture partagée entre le traditionalisme pictural, l’intégration européenne et la mondialisation. Dans ces attitudes plastiques, des valeurs alors s’affirment et s’opposent, et même si cela ne semble qu’une apparence, c’est à travers elles que s’exprime la pensée autour de l’art. On ressent alors ce désir tenace de rester dans l’interrogation, de faire question de plusieurs choses à la fois : la question de l’être, de l’identité, la question de l’art comme une alternative à la difficulté de vivre. Nous sommes ainsi confrontés à une chose palpable, des incertitudes perceptives et conceptuelles, à l’aventure existentielle de la création ; un peu comme la juxtaposition de deux couleurs ou de plusieurs couleurs différentes fait voir différemment chacune d’entre elles, leur cohabitation influe sur l’existence de l’autre, un peu comme une lutte, comme un spectacle.
Qu’ils vivent plus ou moins tranquillement leur art ou mettent à nu leur intériorité, dans tous les cas, ces démarches sont remarquables par leur souci de conjuguer spéculation mentale et matières palpables, provoquant ainsi une perception sensorielle et spirituelle à la fois.
Ces conduites et ces manières de voir, qui caractérisent le groupe, ne sont pas en fait un phénomène esthétique isolé car on peut lire à coup sûr en elles, le visage intégral d’une époque ou d’une génération toute entière, dont le groupe représente un condensé. En même temps, elles sont la preuve qu’une part importante de la production artistique de cette génération des 35/45 ans, peut aller à contre-courant d’une époque, indiquer un mouvement spirituel, s’assimiler à une image du monde, la détruire ou la dépasser, pour développer un discours étrange fait de relations inhérentes au rapport de l’artiste avec son environnement, de recherches, de métaphores.
Toutes leurs expositions trouvent ainsi leur force, là, dans cette tension capable de rassembler une infinie diversité, dans cette cohérence toujours à la limite de l’éclatement, proposant les multiples ressources d’un dialogue tout en répliques et en élancements, en défis et en transmutations ; au bout du compte, on reste quelque peu étonné devant ce geste de refus, ces imaginaires où semble se chercher une relation nouvelle au monde, à soi, à l’image, que celle-ci recherche la pure séduction de l’apparence, la bizarrerie, ou l’attraction de la couleur …
Mais au-delà de la variété, du souci de problématiques esthétiques chères à l’ère du temps ( l’autonomie de l’art, le destin de la peinture…) se profile la question de l’avenir de l’art et de sa capacité à intégrer le champ social, de sa fonction critique qu’elle soit d’ordre sociologique ou formel.
L’art comme manière de percevoir le monde ne peut donc, à l’heure où l’on vit, être mû seulement par une visée esthétique interne ni en être guidé car le désarroi de notre champ artistique actuel vient de ce qu’il n’y a pas assez d’images qui nous donnent à penser, d’images qui en appelleraient à un regard provoquant et sécurisant à la fois, rompant avec le non-sens, l’horreur et la mièvrerie .
Mais l’exigence que s’imposent à eux-mêmes les artistes du groupe de produire de manière ponctuelle des oeuvres inédites, en même temps qu’elle maintient leurs aptitudes à la création toujours en éveil, peut du même coup les exposer au risque de l’innovation formelle qui réduit le contenu à des concepts vides ; et peut se développer alors une culture de la facilité, de l’effet, de la distinction à tout prix.
C’est l’un des écueils parmi d’autres auquel devront faire face les artistes, car la création est une lutte, un combat, où l’engagement ne peut avoir d’équivalent que la sincérité de la démarche. Sans oublier que c’est donc l’avenir qui dira quelle sera la portée de cet art car si pour des oeuvres à l’imagerie traditionnelle, l’offre est plus ou moins fixée, les valeurs reconnues dans le temps et l’espace, pour ce qui est de l’art contemporain, l’offre est encore indéfinie et les valeurs incertaines, car l’élaboration des valeurs obéit à des motifs extrêmement complexes, comme l’influence des progrès dans la recherche savante, les débats esthétiques du moment (si rares), les phénomènes de mode et surtout….les intérêts marchands.
Leurs expositions sont annonciatrices des tendances qui se dessinent à l’horizon des années 2000 car , réalisant un art quelque peu en marge de la société , radical , innovateur , tourné vers l’avenir , elles plaident pour le principe d’opposition à la norme , pour la valeur universelle de la subversion, bref , pour une aventure qu’il est bon de vivre ensemble , celle de la création .
Nadéra Laggoune-Aklouche .

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EssabaghineManifeste

LE MANIFESTE

Comment situer et apprécier , aujourd’hui l’art peint, l’art décomposé? comment vaincre le scepticisme des uns et l’audace des autres face à la diversité des œuvres en représentation, ESSEBAGHINES autour d’un groupe de plasticiens en font leurs champ de bataille , provocation – subversion- révolution, En revendiquant l’autonomie, un refus d’obéir à la commande du goût, en imposant notre vision personnelle , en tentant de s’opposer à la spéculation douteuse et consensuelle d’une partie de la société qui se prétend mécène.
ESSEBAGHINES sont venus, c’est ainsi une manière de prendre distance par rapport à l’art qui plaît mais qui répond aussi au succès avec comme conséquences de nos recherches à montrer une alternative dans la rencontre de l’œuvre contemporaine ; Pour nous ce groupe de plasticiens signifie la communauté idéale , nous ne sommes ni une association ni une alliance , mais nous nous sommes retrouvés sans contraintes et dans le seul but de réaliser cette première exposition ensemble , liées par les mêmes interrogations existentielles et le même constat sur la nature de l’art avec le sentiment profond qu’il est temps de rompre avec le système de la pensée en vigueur et représentation  » exotiques « .
L’évidence même nous impose de constater que notre époque laisse le spectacle de générations diverses , et d’accepter des œuvres signées sans auteurs , nous concevons le terme œuvre autant que celui d’artiste, alors, la nécessité de focaliser l’attention se manifeste naturellement pour mettre en amont la richesse de nos sensations et de tous les produits humains .
Celui qui se fait avec, par et pour le temps , le temps qui passe et qui en passant fait nos angoisses et nos plaisirs.
Exposer nos œuvres comme guide pour le regard actuel , même si choisir ces œuvres comme guide de la pensée pourrait paraître comme une action prétentieuse mais non , c’est d’emblée désirer que notre pensée , notre combat ne soit pas une pensée raide et sèche , coupée de l’émotion .
C’est vouloir une pensée constamment liée aux inquiétudes et jouissances du corps et de l’esprit , constamment en rapport avec nos mouvances et nos troubles, éternellement accueillante au monde. Cette peinture qui parle , bien sûr d’elle même , de sa propre genèse, des gestes du plasticien , simultanément elle est incitation à penser d’un même mouvement , le corps, l’univers, l’acte de peindre et cela , selon des cheminements à la fois simples et subtils, dans la diversité des images à la surface travaillée : des signes , des formes , des marques, de l’écrit , de la matière…

ESSEBAGHINES
Décembre 2000

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